Rechercher
  • Catherine DULHOSTE

ART et VIN, qu’en pensez-vous BAUDELAIRE ?


ART et VIN BAUDELAIRE CORRESPONDANCES

Baudelaire. L’homme sans prénom, prince des Poètes, le Poète dandy, le Poète maudit. Il y a beau et laid dans son nom. Le Poète qui navigue entre la déprime et l’extase, le Spleen et l’Idéal, les Fleurs du Mal.

Au beau milieu de ces fleurs odorantes et du mal ambiant, surgit Correspondances - celles-là mêmes qui résonnent dans l’expérience ART et VIN - le sonnet qui sonne le manifeste de sa poétique.

Puisque l’idée de mêler l’ART et le VIN prend sa source dans la poésie baudelairienne, allons fleurer son mystère pour mieux le savourer.


BAUDELAIRE et les ROBOTS

1840, Baudelaire a bientôt 20 ans, il vit une époque tumultueuse, la société se transforme à toute vitesse, l’homme n’a de salut que par la science et l’industrie. C’est l’ère du positivisme. Le mot est enthousiasmant, la réalité l’est moins. Le rationalisme l’emporte sur le sensible, les mystères et les causes métaphysiques. Seules comptent les lois scientifiques et les machines, ancêtres des robots.

Et le poète dans cette société ? Inutile, charlatan, encombrant.

Le poète Baudelaire le vit difficilement. Ainsi vient le Spleen.

BAUDELAIRE et le SPLEEN

Le Spleen vogue dans la poésie de Baudelaire. Il est une migration de l’âme, expropriée des corps, chassée de la matière par la rationalité positiviste. Baudelaire est dans un accablement profond. Il ressent de la douleur et de la mélancolie face à la prise de conscience de la malédiction de la condition humaine, dominée par la fragilité, la fugacité de l’existence, la solitude, la laideur et la vacuité du monde, l’ennui, le remords. Il souffre d’un sentiment existentiel d’inadaptation de l’homme dans ce monde.

Baudelaire cherche l’antidote.

BAUDELAIRE sous INFLUENCE, cap sur l’IDÉAL

Il fume, il boit, il plane. Il pense, il écrit, il lit beaucoup, surtout Platon. Il y a près de 2500 ans, Platon considère que les apparences du monde sensible, c’est-à-dire la réalité qui nous entoure, n’est que le reflet, la pâle copie d’un monde invisible qui nous est inaccessible, l’au-delà, l’Idéal, où tout atteint sa perfection, sa parfaite essence, en beauté et en amour. Il y a deux mondes, le monde visible, le monde invisible. Avec un axe vertical reliant le visible et l’invisible, la matière et l’esprit, le sensible et l’infini ; le symbole comme fonction médiatrice. Et un axe horizontal assurant une harmonie universelle, une unité entre tout.

Et c’est là que le poète intervient.

BAUDELAIRE, le Poète DÉCHIFFREUR

Le monde Idéal est un monde invisible et inaccessible. Seul le poète est capable de l’entrevoir dans la force de son imagination, dans un ailleurs exotique, dans une femme ou une chevelure, dans un parfum. La réalité qui l’entoure, comme la Nature, est composée de « symboles » à deux versants, émis par l’Idéal, que le poète peut déchiffrer, tel le prêtre qui traduit pour les hommes les paroles obscures de l’oracle. Le poète est invité à entrer dans le mystère. Il peut communiquer avec le monde invisible et immatériel de l’Idéal. Le poète révèle les secrets du monde. Il est celui dont la mission est d’employer le langage au service du mystère indicible.

Baudelaire dévoile sa méthode de décryptage dans le poème Correspondances.

Les correspondances VERTICALES

La matière n’est qu’apparence, le spirituel demeure la réalité profonde et cachée. C’est l’Idée qui est à l’origine de l’univers et qui informe le monde sensible. Il y a une communication secrète entre le monde matériel visible et le monde invisible de l’Idéal, ce sont les correspondances verticales. Le poète se met à l’écoute des signes envoyés par l’au-delà et va les traduire en un langage compréhensible et imagé. Le symbole devient la passerelle entres les apparences et l’essence ; les figures d’image, la forme privilégiée pour l’exprimer.

C’est la naissance de la poésie symboliste comme déchiffrage des correspondances verticales.

Les correspondances HORIZONTALES

Le monde qui nous entoure, malgré son apparent désordre et chaos, possède une profonde unité, ce sont les correspondances horizontales. Elles se traduisent chez Baudelaire entre les différentes sensations. Ce sont les synesthésies, « tous les sens ensemble », la superposition des sens qui semblent se fondre, se mêler et fusionner entre eux. C’est un phénomène cognitif que Baudelaire traduit dans sa poésie en utilisant un des cinq sens pour évoquer les perceptions enregistrées par un autre. Ainsi l’odorat est suggéré par des sensations tactiles ou visuelles.

Les comparaisons sont les passerelles créant des équivalences entre l’ordre sensible et l’ordre moral.

BAUDELAIRE, une nouvelle connaissance de l’univers

Par ses Correspondances, Baudelaire assigne une fonction existentielle à la poésie. Elle n’est plus un art descriptif destiné à enjoliver la réalité ordinaire. Baudelaire la place comme une forme de connaissance intuitive pour parvenir au secret du monde, en retrouvant l’unité du monde visible et invisible. Baudelaire systématise la pratique des correspondances dans son écriture et les lie aux autres formes artistiques, la peinture et la musique. Il parle de « sorcellerie évocatoire ». La poésie devient une activité essentielle, un sacerdoce, un acte conceptuel et sensoriel, une célébration d’envoûtement, une transe, un acte religieux, dans le sens premier, c’est-à-dire permettant de relier les hommes entre eux et avec l’au-delà.

BAUDELAIRE, l’ART et le VIN

Baudelaire veut rompre le maléfice d’une réalité qui emprisonne l’homme dans ses limites désespérantes. L’Art est cette évasion nécessaire par laquelle l’homme peut retrouver sa dignité, la voie vers le monde Idéal, le monde des Idées dont il est issu.

Baudelaire évoque le vin dans ses poèmes et essais. Il lui dédie une partie des Fleurs du mal. Ces poèmes rappellent l’effet enivrant ou excessif de la boisson mais ne citent ni ses senteurs, ni ses saveurs.

Vers 1850, il y a en France une production de vin sans précédent, en particulier autour de Paris, destinée aux ouvriers d’une industrie en surchauffe. Le vin de la région parisienne est peu qualitatif, peu aromatique. La pratique de la dégustation du vin, combinant un cérémonial en conscience et un discours sensible, est inexistante ou à peine naissante et réservée aux amateurs de grands crus de Bourgogne ou Bordeaux. L’univers du vin s’organise, le classement des grands crus du Médoc sera officiel en 1855, luttant contre les vins qui prennent la voie rationnelle de l’industrie ou des dérives frauduleuses.

Baudelaire évoque les sens de la vue, de l’ouïe, du toucher. L’olfaction, peu exploitée par les autres poètes, prend une place prédominante chez Baudelaire. C’est le parfum « qui provoque la pensée et le souvenir correspondants ». En revanche, le sens du goût est quasiment inexistant dans son œuvre. Même si 80% du goût est révélé par l’olfaction (rétro-nasale), les saveurs et les sensations tactiles de la gustation sont essentielles dans notre perception du monde.


On imagine aisément Baudelaire prendre part à l’expérience de mêler l’ART et le VIN dans une galerie d’art, dans un musée ou dans un jardin de sculptures.


L’expérience ART et le VIN prend ses racines dans la théorie des Correspondances de Baudelaire et la prolonge en explorant d’autres dimensions, la gustation et l’expérimentation en direct.


Sommes-nous tous des poètes ?


Baudelaire avait-il tort ou raison de mêler les sens ? Que dit la science au sujet des synesthésies ? Comment marche le cerveau avec nos sensations ? Pourquoi l’olfaction est si chère à Baudelaire ? Qu’est-ce le goût ?


Autant de questions pour prolonger les intuitions et les évocations mystiques de Baudelaire.

A découvrir dans les prochains articles.


L’Art et le Vin, une exploration du monde qui révèle une partie de ses secrets.

Catherine Dulhoste – 3DOOZEN – juin 2018


Correspondances

La nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers.


Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.


Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, - Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,


Ayant l'expansion des choses infinies, Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens, Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Baudelaire, Les Fleurs du Mal IV (1857)


SOURCES :

Baudelaire Charles, Œuvres complètes, Paris, Seuil, L’Intégrale, 1968

Mattéi Jean-François, Platon, Paris, PUF, Que sais-je, 2018

article web : https://www.etudes-litteraires.com/baudelaire-correspondances.php

Citation : Curiosités esthétiques. L’Art romantique.

102 vues0 commentaire